jeudi 19 septembre 2013

Victoire sur la maladie



« L’Eternel est ma lumière et mon salut : de qui aurais-je crainte ? L’Eternel est le soutien de ma vie : devant qui tremblerais-je ? » Psaume 27 :1.

Tout a commencé avec la préparation de mon voyage missionnaire au Cameroun pour l’évangélisation à Douala et à Yagoua au Nord Cameroun en octobre 2012. On aurait dit que l’ennemi s’acharnait sur moi avec une violence que je n’avais pas encore expérimentée sous cette forme-là. C’est d’abord du Pasteur Dominique Dick qui devait se joindre à moi pour cette mission que j’ai reçue la première mauvaise nouvelle : alors qu’ils revenaient de leurs vacances dans le bateau qui les conduisait chez eux à Pointe à Pitre en Guadeloupe, le bateau avait bougé brutalement et son épouse avait fait une mauvaise chute, s’étant mal réceptionnée elle a eu une fracture de la colonne vertébrale avec hospitalisation d’urgence en Martinique, immobilisation pendant quelques semaines, puis lit médicalisé à domicile en Guadeloupe pendant des mois. Conséquence, le pasteur évangéliste Dominique Dick ne pouvait plus m’accompagner en Afrique pour l’évangélisation.

Ensuite deux sœurs en Christ de l’Eglise s’étaient proposées de m’accompagner. Deux semaines après les mauvaises nouvelles du pasteur Dick, elles m’informaient qu’elles ne se sentaient pas spirituellement prêtes pour cette mission... Mais malgré tout, les plans de Dieu étaient en marche pour cette mission et deux chrétiens très engagés, un jeune couple voisin, se proposèrent de se joindre à moi pour cette mission.

La première attaque dont je ne fus au courant que plus tard, fut la fausse-couche dont l’épouse fut victime juste avant de me rejoindre au Cameroun. Puis j’appris que ma fille qui était à cinq mois de grossesse venait d’être admise à l’hôpital parce qu’elle perdait les eaux. Un mois plus tard elle perdait sa fille alors que j’étais encore en évangélisation et que nous ne cessions de prier pour que le Seigneur préserve sa vie et celle de son bébé.

Une fois de retour en France en décembre, je ne me sentais pas bien physiquement et je fis part à mon médecin cardiologue que je voyais en début janvier de mes inquiétudes au sujet de ma santé. C’est alors qu’elle me prescrivit des analyses médicales en me demandant de présenter les résultats à mon médecin généraliste. C’est alors que commença mon combat contre une maladie « invisible ». Je présentai les résultats au médecin qui me fit comprendre qu’il y avait probablement un petit problème d’insuffisance rénale, mais que cela pouvait provenir du fait que je fais beaucoup de sport. Il me demanda par conséquent d’arrêter mon sport pendant une semaine et de refaire les mêmes analyses qu’il me prescrivit à son tour. Ce qui fut fait, mais les résultats étaient les mêmes. Il m’envoya faire une échographie des reins auprès d’un cabinet de radiologie au centre ville. Je pris rendez-vous avec le radiologue et le jour de l’échographie celui-ci m’annonce qu’il y avait une petite formation nodulaire hyperéchogène avec anomalie de contour sur mon rein droit et le fait qu’elle n’apparaissait pas à la dernière échographie qu’il avait pratiquée deux années avant sur ce même rein l’incitait à recommander des investigations complémentaires, notamment un examen scanographique. Il me renvoya à mon médecin. A partir de là je compris que j’avais probablement un cancer du rein. Mais je décidai de n’en parler à personne jusqu’à ce que les analyses complémentaires le confirment.

Lorsque je présentai les résultats au médecin généraliste, il commença par me dire maladroitement que j’ai une tumeur au rein droit, puis se corrigea et l’appela « un nodule » qui nécessite des examens complémentaires. Puis maladroitement encore, comme s’il voulait minimiser la situation, il me raconta qu’un tas de gens vit avec un seul rein et que cela était fréquent. C’est alors que je décidai d’en parler à ma fille qui avait perdu son bébé en novembre en lui demandant de prier pour moi et de n’en parler à personne jusqu’à ce que cela soit confirmé par d’autres examens. Elle m’informa à cette occasion que son bébé qu’elle venait de perdre avait justement un problème de rein droit : elle n’en avait pas, effectivement ... Je fus convaincu qu’il s’agissait là d’une attaque diabolique. Je décidai d’en informer quelques frères et sœurs en Christ afin qu’ils se joignent à nous pour prier pour moi. Ainsi, en dehors de ma fille aînée, deux couples amis étaient au courant et priaient pour moi. Je nourrissais un espoir secret que les examens suivants infirment le diagnostique de cancer. Je ne voulais pas inquiéter inutilement mon épouse ce d’autant que je ne trouvais pas opportun de perturber les filles dans leurs études avec ce problème, surtout s’il s’avérait par la suite qu’il ne s’agissait pas de cancer. J’avais vécu des situations semblables en tant que membre du bureau de l’association de parents d’élèves du collège de mes filles et je connaissait les conséquences sur le travail des enfants concernés par cette situation et je voulais éviter cela à mes filles, du moins tant que la nature de la maladie n’était pas confirmée.

Je devais donc passer l’examen suivant au centre Paul Strauss, un centre de lutte contre le cancer de Strasbourg.

Pour moi le mot tumeur rimait avec l’expression « tu meurs ». Depuis que le médecin avait prononcé ce mot, cela me rongeait intérieurement et j’étais d’autant plus perturbé dans mon fort intérieur, que je ne pouvais en parler. C’était très lourd de porter cela pratiquement tout seul tous les jours, puisque ma pensé ne quittait pas un seul instant cette situation. Mais l’évangéliste que je suis se rappelait les paroles du Maître qui résonnaient en moi comme un encouragement : « Je suis avec vous, chaque jour jusqu’à la fin du monde. » Matthieu 28 :20. Après tout, me disais-je, je suis serviteur du Dieu Vivant et tout est sous son contrôle. Cette maladie n’est pas pour la mort, j’en avais la conviction ce d’autant qu’un homme de Dieu américain qui nous avait rendu visite à l’église à Strasbourg avait prophétisé sur moi que je ne mourrais pas de maladie, couché tranquillement sur mon lit, mais en plein action dans le service pour Christ ! Alléluia ! Alors l’ennemi pouvait m’attaquer sur ce terrain-là, je n’avais rien à craindre (Ps. 27 :1) Sachant que l’Eternel est mon Berger (Ps. 23), j’étais prêt à affronter la maladie.

Le 15 mars en sortant du Centre Paul Strauss, j’acquis la conviction qu’il était temps que j’en parle à ma famille. Je réunis alors le soir même Marie-Hélène et les filles pour leur annoncer la nouvelle. Mais avant cela, je laissai traîner exprès le dossier du centre Strauss sur la table pour qu’elles s’en doutent un peu et que ce ne soit pas trop lourd pour moi à annoncer. Comme sur le dossier on pouvait lire clairement « Centre de recherche contre le cancer », je me suis dit que mon épouse qui est toujours curieuse à lire tous les documents médicaux que je ramène à la maison tomberait certainement dessus. Ce fut le cas.

Après le souper, nous montâmes dans notre chambre et c’est là que j’annonçai la nouvelle à toutes les trois. Comme je l’avais prévu, mon épouse s’en était doutée. La réaction des filles était moins catastrophique que je ce à quoi je pouvais m’attendre, ce qui fut un encouragement pour moi. Elles semblaient même ne pas mesurer la portée de la situation. Après quoi l’Eglise fut informée et le peuple de Dieu nous porta dans la prière ma famille et moi-même. Les églises qui nous avaient reçus au Cameroun, nous portaient quotidiennement dans la prière ainsi que tous les organismes chrétiens auxquels nous appartenons. Cela nous faisait du bien de nous sentir entourés par le peuple de Dieu. La famille de Dieu est sans frontières. Quelle grâce !

Le médecin traitant m’envoya chez un urologue de bon renom en la matière. Il se trouva que c’est celui-là qui m’avait opéré de la prostate neuf années au par avant. Je pris donc rendez-vous avec lui et il fixa la date de l’opération au 14 avril. Il m’expliqua avec des schémas sur son ordinateur, la manière dont il allait procéder. Et qu’il ferait le nécessaire pour préserver le rein malade en ne faisant qu’une résection partielle, qu’il a appelé néphrectomie partielle du rein droit. Il m’informa qu’il allait le faire par « lombotomie », c’est-à-dire en pratiquant une incision sur le côté droit afin d’atteindre le rein et que je serai par conséquent couché sur le côté gauche. Il s’employa à me rassurer sur le déroulement de l’opération. J’avais confiance car la première opération (de la prostate) s’était bien déroulée comme il me l’avait expliqué et j’étais sorti de l’hôpital deux jours plus tard, deux semaines après j’étais en évangélisation au Cameroun avec un Camp Biblique International.

Mon témoignage :


La veille de mon opération, mon jeune frère qui était venu du Cameroun et mon épouse m’ont accompagné à l’hôpital où j’étais admis le dimanche en fin d’après-midi. Alors que nous étions entrain de discuter de manière très détendue, je reçus la visite d’un médecin anesthésiste qui était venu me préparer pour l’opération du lendemain. Ses propos plombèrent l’atmosphère qui était détendue quelques minute avant. Selon ses dires, je devais m’attendre à une ablation totale de mon rein droit, propos qui allaient complètement à l’opposé de ceux du chirurgien qui me promettait de préserver au maximum le rein atteint. Je lui rétorquai que ce n’était pas du tout ce que m’avait dit le chirurgien. Il me répondit qu’il y a souvent eu des surprises entre ce que montre l’imagerie et ce qu’ils découvrent une fois qu’ils ouvrent le patient, et que par conséquent, il fallait s’attendre au pire. Je pris très mal la chose et commençai à paniquer jusqu’au moment où je repris le dessus une fois que ce prophète de malheur était sorti de ma chambre. Je pris autorité dans le Nom Précieux de Jésus et je proclamai : « arrière de moi Satan, tu n’as aucune part avec moi ! » C’est alors que pus dormir tranquillement.

Le lendemain matin, lorsque le brancardier est venu me chercher et m’a mis sur la chaise roulante, j’eus une vision extraordinaire à la vue de la croix qui était au-dessus de la porte de sortie : Jésus était assis sur Son Trône et envoyait Son Ange me soigner. Il lui remit une pincette qui semblait sortir de l’azote liquide dans sa main droite, et une qui semblait sortir d’une fournaise ardente dans la main gauche. L’ange descendit vers moi et à ma surprise, il m’ouvrit le ventre, non pas comme le chirurgien m’avait expliqué qu’il le ferait, mais en dessous de la dernière côte du côté droit. Il sorti le rein et avec la pincette froide il pinça juste la tumeur et l’ôta. Lorsque le sang se mit à gicler, il prit la pincette incandescente et la posa sur la blessure et sang s’arrêta de couler. A l’instant même, le rein reprit son apparence normale et brillait comme s’il n’y avait jamais rien eu. Il semblait tout neuf ! Puis l’ange s’en alla.


Une joie immense m’inonda et j’étais totalement détendu lorsque je suis arrivé dans la salle d’opération. Le brancardier me confia aux bons soins d’une infirmière anesthésiste qui s’évertuait à me rassurer. A un moment donné je ne pouvais plus me retenir et j’éclatai de rire. Elle me demanda pourquoi et je lui répondis que c’était elle qui avait besoin d’être rassurée, car moi je l’étais déjà, parce que mon « Patron » avait déjà fait le travail. C’est alors que je lui racontai la vision que je venais d’avoir. Curieusement, elle n’a pas semblé plus surpris que ça et a rejoint l’équipe dans le boc opératoire. Je ne l’ai plus vu jusqu’à ce qu’une autre infirmière vienne me chercher pour me conduire au bloc. Une fois dans le bloc, je fus allongé sur le dos sur la table d’opération. A ce moment je reçu la visite d’un prêtre qui se présenta à moi comme « prêtre anesthésiste ». Il me dit qu’il avait appris que j’étais un homme de Dieu et qu’il venait s’occuper de moi. Je lui dis que j’en étais heureux, mais que le « Patron » s’était déjà chargé de l’opération. A ce moment, j’entendis une discussion entre le chirurgien et son assistante qui lui faisait remarquer qu’il avait prévu l’opération par lombotomie et s’il ne fallait pas plutôt me coucher sur le côté. J’ai entendu le chirurgien lui dire alors de laisser le patient s’endormir d’abord, puis plus rien...

Quand je repris connaissance dans la salle de réveil, je vis le chirurgien penché au-dessus de moi, qui me disait que tout s’était bien passé comme je l’avais prévu. J’imaginai alors que l’infirmière anesthésiste avait dû leur raconter ma vision. De plus, je venais de constater que j’avais été opéré non plus par lombotomie comme le chirurgien me l’avait expliqué pendant les entretiens préopératoires, mais exactement comme l’ange l’avait fait : par une incision sous-costale.

Les journées qui suivirent étaient hyper douloureuses pour moi. Je n’avais jamais autant souffert physiquement de toute ma vie. Je n’avais jamais imaginé combien cela pouvait être douloureux. Mais ça c’est une autre histoire.

Je sortais de l’hôpital dix jours après mon opération, j’avais rendez-vous six semaines après pour un premier contrôle au cabinet de l’urologue. Le jour du contrôle, lorsqu’il commença l’examen échographique de mon rein droit, il m’interpella soudain et me demanda de regarder le moniteur de l’échographe : - il n’y a même pas trace d’une cicatrice, il est comme neuf votre rein ! Me dit-il. Bien évidemment, je ne suis pas capable de distinguer une anomalie, une cicatrice ou quoi que ce soit sur une échographie et à vrai dire je n’y voyais rien. Mais je savais une chose : dans ma vision, j’avais vu que mon rein était devenu neuf, sans aucune cicatrice après l’intervention de l’ange, brillant comme s’il n’y avait rien eu et c’est la confirmation que je venais d’avoir. Que le Seigneur soit glorifié !

Malgré les incertitudes de la maladie et des suites opératoires, j’avais reçu la conviction de maintenir certaines activités : La Journée Mondiale de Prière et la Mission de réconciliation de Lifeline Expedition en Guadeloupe et en Martinique. Pour le premier, le Seigneur avait pourvu. Un ami et frère de tout cœur avait pu me remplacer et m’aider dans l’organisation. D’autres personnes s’étaient impliquées et le programme avait pu avoir lieu. Pour le deuxième, mes forces avaient été renouvelées miraculeusement lorsque j’ai posé mes pieds en Martinique. Je suis rentré en si excellente forme de cette mission que lorsque le médecin spécialiste de la gorge m’a examiné, il a trouvé que j’étais à même de supporter une seconde opération : celles des amygdales et du voile du palais sur lesquels un problème se posait également. Deux mois après l’opération du rein, je passais de nouveau sur la table d’opération. Cette fois-ci c’était encore plus douloureux que la première et j’espère que ce sera la dernière. J’ai repris mes activités et j’ai la conviction que c’est dans la consécration au Seigneur que je retrouverai le renouvellement de mon état de santé, et la plénitude de mes moyens.

« C’est Lui... qui guérit toutes tes maladies ; c’est Lui qui délivre ta vie de la fosse, Qui te couronne de bonté et de miséricorde,... Qui te fait rajeunir comme l’aigle. » Psaume 103 : 3-5

Mon sujet principal de prière :

Je prépare trois rencontres internationales importantes :
-         La consultation pour l’évangélisation de la diaspora en Europe de Amsterdam en fin Septembre
-         La Marche sous les « chaînes et les jougs », une marche prophétique pour la réconciliation des peuples concernés par le commerce triangulaire à Haïti en Novembre
- La campagne d’évangélisation à Douala et au Nord Cameroun en décembre.

Que le Seigneur renouvelle mes forces !

jeudi 31 janvier 2013

Jamaïque 2012 la troisième marche: Mandeville

Bien venu à notre blog en ce début d’année 2013 ; Après un séjour de deux mois en Afrique où j’ai eu la grâce, avec une toute petite équipe, de répandre la bonne odeur de Christ, surtout parmi les musulmans au Nord du Cameroun, il me plait de renouer avec vous cet entretien sur la problématique de la réconciliation des peuples liés par le commerce des esclaves noirs. Je rencontre continuellement des personnes qui, soit portent à cœur cette vision, soit l’ont eux-mêmes aussi reçue. Mais en attendant sa réalisation, et je crois toujours qu’elle se fera dans le temps de Dieu et qu’elle sera comme un aboutissement de l’ensemble des visions qui vont dans le même sens, c’est avec Lifeline Expedition que je fais mes pas dans la réalité de l’engagement à cette réconciliation. J’aime le mot d’ordre de ce mouvement qui me parle et m’interpelle : « Guérir le passé... pour transformer l’avenir »

Chaque fois qu’en tant qu’africain, je rencontre et je m’entretiens avec un frère ou une sœur descendant d’esclave, je réalise combien cette démarche est nécessaire.

Une nouvelle marche sous les chaînes et les jougs est prévue en novembre prochain à Haïti. En attendant nous allons continuer à vous parler de la suite de nos marches en Jamaïque.


Troisième Marche : MANDEVILLE

A Mandeville nous avons eu un temps précieux avec la famille Girgis, Jeanetta, Magdy et Jay qui nous ont reçu très chaleureusement et nous ont restauré agréablement. Nous avions besoin de ce havre de paix et de ressourcement avant de continuer notre mission. Merci à Jeanetta. Nous avons eu un temps de partage et de prière pour préparer nos actions du lendemain : deux cultes, l’un à l’église de Ridgemount et l’autre à l’église des Générations (Generations Church). Après la Marche dans l’après-midi nous nous sommes rendus à l’église du Mémorial d’André (Adrews Memorial United Church) où nous avons fait notre demande de pardon dans les chaînes et les jougs dans une congrégation qui célébrait l’abolition de l’esclavage (Emancipation Day) un événement à grande portée civique qui réunissait environ 400 personnes. C’était très émouvant d’entendre les excuses de Jeanetta comme Jamaïcaine blanche descendant de colon et Chris McCrossan comme écossais qui ont majoritairement « trafiqué dans le pays ». Cela se remarque lorsqu’on consulte l’annuaire téléphonique, l’on peut constater que plus de 60% des noms son de consonance écossaise.

La marche au centre ville avait quelque chose de différent par rapport à celles que nous avions accomplies jusqu’à présent. D’abord par le fait qu’il y avait parmi ceux qui marchaient dans les chaînes, une femme, blanche et d’origine jamaïcaine, puis par le fait que nous avons commencé par rencontrer les jamaïcains des alentours et leur expliquer ce que nous faisions, en allant les voir dans les commerces, les bureaux qui étaient ouverts ce dimanche après-midi-là et même une église en face de notre point de départ, ainsi que tout au long du parcours où certains ne faisaient que cela, en distribuant les tracts aux passants. Joseph, avant que le cortège ne s’ébranle, a discuté pendant une bonne demi-heure avec un rasta qui au départ était hostile, puis vers la fin il était devenu plus amical. Arrivé à la grande place au centre de Mandeville, nous avons de nouveau présenté notre demande de pardon. Là les réactions étaient diverses. Mais un groupe s’avançait toujours dans une émotion palpable libérer les enchaînés. Après quoi, nous nous sommes rendu au « Andrews Memorial United Church ».

Merci de prier pour:

- Les actions futures, notamment notre marche à Haïti en novembre prochain, que le maximum de personnes qui partagent notre vision de réconciliation puissent se joindre à nous.
- Que la patience arme nos cœurs et que notre confiance ne soit pas ébranlée.
- Que Dieu renouvelle nos forces et que Sa volonté soit au centre de nos actions.
Soyez richement bénis.

mardi 9 octobre 2012

Jamaïque 2012: La 2ème Marche à Black River


La deuxième marche se fera à Black River. Faire une seule marche se révélait, notamment pour nous qui le faisions pour la première fois, Physiquement, mentalement, émotionnellement et spirituellement exigent et épuisant. David Pott, nous a comparé à une équipe de foot après un match. Sauf que les footballeurs avaient une semaine pour se préparer pour le prochain match alors que nous devions remettre cela le lendemain et parfois le jour même.

L’événement historique qui a marqué notre marche à Black River : il s’agissait du massacre des esclaves du navire anglais « the Zong ». Par cupidité le capitaine de ce navire l’a surchargé d’esclaves noirs 470 pour un navire qui était fait pour environ 200, et pendant la traversée 60 parmi eux étaient morts par manque de nourriture et d’eau et de nombreux tombèrent malade. Or selon la loi anglaise, pour les esclaves morts de maladie ou de faim dans le navire, le capitaine n’était pas indemnisé. Par contre s’ils étaient tombés dans la mer le capitaine touchait une indemnité sur la marchandise perdue en mer. Pour cette raison, celui-ci jeta par-dessus bord tous les esclaves affamés et malades. Il en jeta ainsi 133 en trois jours, tous périrent, un seul réussit à s’échapper. Des 470 esclaves embarqués en Afrique seul 208 arrivèrent à Black River. L’affaire fut portée à la compagnie d’assurance qui refusa d’indemniser le capitaine véreux. Ce fut le début de la prise de conscience en occident de la problématique du commerce des esclaves noirs. La chose ayant été publiquement exposée, les yeux des anglais furent ouverts sur la cruauté de ce trafic et un mouvement abolitionniste prit naissance.

La marche commença sur le quai Farquharson non loin du monument dédié aux esclaves du « Zong » qui se situait à 100 mètres de là et où celle-ci devait prendre fin. Les policiers chargés de notre escorte nous suggérèrent de marcher le long de la berge jusqu’au tribunal, une imposante bâtisse coloniale devant laquelle nous avons fait un arrêt, prié et proclamé face à la mer d’où étaient débarqués les esclaves. Puis nous sommes revenus sur nos pas, avons contourné la grande église pour nous rendre à la place du massacre du Zong en passant par le marché. Les réactions étaient diverses parmi la population. Celle qui retint mon attention par la charge émotionnelle qu’elle contenait est celle d’un homme qui s’approchant de nous nous interpella d’une manière si poignante que des larmes me vinrent aux yeux. Il nous criait ceci : « pouvez-vous me rendre ma culture et mon nom ? Pouvez-vous me dire qui je suis et d’où je viens ? »

Alors que l’équipe se tenait debout devant la stèle attendant de faire les déclarations, le journaliste du « Gleaner » s’est entretenu avec les membres de l’équipe et en particulier avec David Pott sur les raisons de notre démarche en posant les questions pertinentes que le publique aurait pu poser. Ceci nous donna l’occasion non seulement de lui répondre mais aussi de nous adresser ainsi à tous ceux qui étaient rassemblés autour de nous. A la fin de nos déclarations les populations, après nous avoir accordé leur pardon, nous ont délivré des chaînes et des jougs. Nous avons bien terminé cette marche, fatigués mais satisfaits de notre journée.

lundi 24 septembre 2012

Jamaïque 2012 : La première Marche - Montego Bay

Après le processus de guérison parmi les membres de l’équipe, nous étions prêts r entreprendre les marches.
La première marche

La première marche a eu lieu à Montego Bay. Elle était chargée d’émotion pour certains d’entre-nous, le tiers, qui pour la première fois effectuait cette démarche. Chaque marche était ponctuée par un événement historique spécifique à l’endroit où nous la faisions. Cet événement avait un lien étroit avec une situation tragique vécue par les esclaves, la lutte pour l’émancipation de l’esclavage ou la liberté de l’oppression sur le peuple après l’abolition. Nous sommes partis des docks à côté d’un champs où on nous expliquait que des centaines d’esclaves  avaient dû être enterrés là après que le navire soit arrivée avec des survivants.

A la tête de la procession se trouvait un afro-colombien, Yeison qui tenait dans sa main un bâton au bout duquel se trouvait accroché un serpent. Cela a donné lieu à quelques quolibets de part des passants qui nous accusait d’occultisme, le serpent étant pour beaucoup le symbole du Diable. David devait par la suite expliquer la relation avec notre démarche : il s’agit ici du symbole de la guérison utilisé par les professions médicale et vient de l’histoire de Moïse qui avait élevé un serpent d’airain dans le désert afin que lorsque les enfants d’Israël étaient mordus par les serpents de feux et regardent ce serpent d’airain, ils soient guéris et ne meurent pas. Néanmoins les rires et la moquerie rythmaient notre marche. Certaines personnes se montraient curieuses et parfois compatissantes. 

Nous avons fait ensuite un arrêt à la place Sam Charp, un héros du pays, avant de terminer la marche à l’Eglise Baptiste de Burchell. Sam Charp était un esclave citadin éduqué, prédicateur et diacre dans une église baptiste de Montego Bay, qui est à l’origine de la révolte des esclaves de 1831. Il a commencé une résistance passive, estimant que les esclaves ne devaient pas travailler le jour de noël. Cela conduisit à une rébellion à la suite de laquelle il fut arrêté et pendu le 27 décembre 1832. Son action fut à l’origine du projet de loi abolitionniste adopté par le parlement britannique en 1834 suivi par la proclamation en 1838 de l’abolition de l’esclavage dans les colonies britanniques.

Arrivé à l’église Baptiste, nous nous sommes adressé à un petit nombre de paroissiens ainsi que quelques badauds qui avaient suivi la procession. Tour à tour les anglais dont un devait lire une déclaration de pardon d’un représentant de l’Espagne qui n’a pas pu faire le voyage, un écossais, un français et deux africains ont présenté leur déclaration de demande de pardon à l’assemblée. Ce fut un moment mémorable, rempli émotions particulièrement lorsque les jamaïcains sont venus libérer les européens de leurs chaînes et de leurs jougs.

vendredi 21 septembre 2012

Jamaïque 2012 avec Lifeline Expedition


La mission de « Lifeline Expedition » en Jamaïque vient de prendre fin. Elle nous a permis de réaliser que la problématique des conséquences de l’esclavage et de la colonisation des peuples noirs est encore douloureuse aujourd’hui et requiert une communication délicate sur les événements qui ont pris place en Afrique et dans les Amériques. Un éditorialiste du journal JAMAICA OBSERVER commençait son papier par ces mots : « La vérité dérangeante des souffrances de la traite des esclaves africains ne va pas disparaître, pas plus que les horreurs de l’holocauste juive. Mais peut-être qu’un jour, nous abattrons les vestiges de l’esclavage et laisserons émerger la confiance en notre identité en tant que race grande et noble. » Cela montre à quel point les peuples noirs ont besoin de guérir de cet « héritage ». Mais comme c’est un héritage en commun avec l’occident, elle ne pourra se faire en dehors de ceux-ci. Pour ma part cela implique que les deux voire trois parties fassent ensemble ce voyage de retour dans l’histoire pour en guérir ensemble et sceller la réconciliation entre les peuples concernés par cette histoire douloureuse.

Nous pensons, entant que chrétiens, que la réconciliation passera nécessairement par la reconnaissance, par les descendants de ceux qui en portent la responsabilité, du préjudice causé à ce peuple, premièrement l’occident et dans une certaine mesure ensuite, les africains qui ont vendu leurs frères aux occidentaux bien souvent par cupidité, puis par une demande de pardon. Voilà pourquoi des représentants des nations concernés par ce drame humain ont symboliquement pris les jougs et les chaînes pour une marche prophétique à travers le pays.

Ces marches, sous la conduite du mouvement chrétien de réconciliation « Lifeline Expedition », avaient pour but de dire au peuple jamaïcain que nous, africains et européens descendants de ceux qui ont été à l’origine de ce drame de l’humanité, le regrettons et demandons pardon. Seuls les européens étaient enchaînés et portaient des jougs. Cela signifiait : « nous comprenons ce que vos ancêtres ont endurés à cause de nous et nous vous demandons pardon ». Les marches se faisaient en silence et dans la prière. Nos pas étaient sporadiquement rythmés par le battement d’un tamtam africain, ce qui conférait une certaine solennité à la procession, ce qui fera dire plus tard à nos frères de la diaspora, lors du dernier débriefing, que ce son raisonnait et raisonnera toujours à leurs oreille comme un rappel à leurs origines africaines. Elles se terminaient sur une place publique par une déclaration que faisait tour à tour chacun des représentants des pays d’Europe sous les chaînes et les jougs, suivies par une déclaration de l’un des deux représentant de l’Afrique. Celle-ci consistait à reconnaître l’implication des ancêtres du pays représenté dans ce commerce abjecte et ses conséquences. Elle se terminait par une demande de pardon. Alors s’ensuivaient des discussions parfois vives, souvent poignantes, mais chaque fois, le pardon était accordé et les populations visitées venaient symboliquement délivrer européens de leurs chaînes et de leurs jougs.

Les premières réunions ont été consacrées à la consolidation de l’équipe. Compte tenu de la pression psychologique et spirituelle qu’impliquaient ces marches, il était primordial que l’équipe soit soudée et solidaire. Il était nécessaire que tous les membres de l’équipe soient conscients des motivations et objectifs de celles-ci. Pour cela il était important de se connaître les uns les autres et le meilleur moyen était de se présenter en exprimant ses motivations, son cheminement dans ce processus de réconciliation. Ce fut pour moi la partie décisive dans mon engagement dans la réconciliation des peuples concernés par le commerce triangulaire. Nos coéquipiers descendants d’esclaves m’ont ému à tel point que je ne pouvais que faire corps avec cette « bataille » si nécessaire ! J’ai découvert les souffrances qui les habitent et que jusque là je n’avais compris qu’intellectuellement par mon engagement dans cette lutte pour la réconciliation. J’ai découvert des choses que je ne connaissais pas encore, malgré tous les livres que j’avais lu sur ce crime contre l’humanité, et j’étais retourné jusqu’au fond de mes tripes. Une sœur, notamment, m’a bouleversé par sa révolte contre cette histoire. Nous avons pleuré ensemble et prié les uns pour les autres. Le processus de guérison commençait parmi nous, les membres de l’équipe. Je ne m’attendais pas du tout à cela, c’était extraordinaire, voire divin ! Je compris qu’il était important que ce travail se fasse avant que nous nous engagions dans ces marches.

Sujets de prière
Les sujets de prière vont essentiellement concerner les suites de cette mission :
1°) Merci de prier pour que les marches prophétiques sur la Jamaïque aient un impact certain sur l’avenir du pays.
2°) Pour que la guérison des conséquences psychologiques, mentales, spirituelles de l’esclavage soit effective dans les cœurs des jamaïcains, bref, comme l’a dit Bob Marley, qu’ils soient libérés de la mentalité d’esclave.