vendredi 21 septembre 2012

Jamaïque 2012 avec Lifeline Expedition


La mission de « Lifeline Expedition » en Jamaïque vient de prendre fin. Elle nous a permis de réaliser que la problématique des conséquences de l’esclavage et de la colonisation des peuples noirs est encore douloureuse aujourd’hui et requiert une communication délicate sur les événements qui ont pris place en Afrique et dans les Amériques. Un éditorialiste du journal JAMAICA OBSERVER commençait son papier par ces mots : « La vérité dérangeante des souffrances de la traite des esclaves africains ne va pas disparaître, pas plus que les horreurs de l’holocauste juive. Mais peut-être qu’un jour, nous abattrons les vestiges de l’esclavage et laisserons émerger la confiance en notre identité en tant que race grande et noble. » Cela montre à quel point les peuples noirs ont besoin de guérir de cet « héritage ». Mais comme c’est un héritage en commun avec l’occident, elle ne pourra se faire en dehors de ceux-ci. Pour ma part cela implique que les deux voire trois parties fassent ensemble ce voyage de retour dans l’histoire pour en guérir ensemble et sceller la réconciliation entre les peuples concernés par cette histoire douloureuse.

Nous pensons, entant que chrétiens, que la réconciliation passera nécessairement par la reconnaissance, par les descendants de ceux qui en portent la responsabilité, du préjudice causé à ce peuple, premièrement l’occident et dans une certaine mesure ensuite, les africains qui ont vendu leurs frères aux occidentaux bien souvent par cupidité, puis par une demande de pardon. Voilà pourquoi des représentants des nations concernés par ce drame humain ont symboliquement pris les jougs et les chaînes pour une marche prophétique à travers le pays.

Ces marches, sous la conduite du mouvement chrétien de réconciliation « Lifeline Expedition », avaient pour but de dire au peuple jamaïcain que nous, africains et européens descendants de ceux qui ont été à l’origine de ce drame de l’humanité, le regrettons et demandons pardon. Seuls les européens étaient enchaînés et portaient des jougs. Cela signifiait : « nous comprenons ce que vos ancêtres ont endurés à cause de nous et nous vous demandons pardon ». Les marches se faisaient en silence et dans la prière. Nos pas étaient sporadiquement rythmés par le battement d’un tamtam africain, ce qui conférait une certaine solennité à la procession, ce qui fera dire plus tard à nos frères de la diaspora, lors du dernier débriefing, que ce son raisonnait et raisonnera toujours à leurs oreille comme un rappel à leurs origines africaines. Elles se terminaient sur une place publique par une déclaration que faisait tour à tour chacun des représentants des pays d’Europe sous les chaînes et les jougs, suivies par une déclaration de l’un des deux représentant de l’Afrique. Celle-ci consistait à reconnaître l’implication des ancêtres du pays représenté dans ce commerce abjecte et ses conséquences. Elle se terminait par une demande de pardon. Alors s’ensuivaient des discussions parfois vives, souvent poignantes, mais chaque fois, le pardon était accordé et les populations visitées venaient symboliquement délivrer européens de leurs chaînes et de leurs jougs.

Les premières réunions ont été consacrées à la consolidation de l’équipe. Compte tenu de la pression psychologique et spirituelle qu’impliquaient ces marches, il était primordial que l’équipe soit soudée et solidaire. Il était nécessaire que tous les membres de l’équipe soient conscients des motivations et objectifs de celles-ci. Pour cela il était important de se connaître les uns les autres et le meilleur moyen était de se présenter en exprimant ses motivations, son cheminement dans ce processus de réconciliation. Ce fut pour moi la partie décisive dans mon engagement dans la réconciliation des peuples concernés par le commerce triangulaire. Nos coéquipiers descendants d’esclaves m’ont ému à tel point que je ne pouvais que faire corps avec cette « bataille » si nécessaire ! J’ai découvert les souffrances qui les habitent et que jusque là je n’avais compris qu’intellectuellement par mon engagement dans cette lutte pour la réconciliation. J’ai découvert des choses que je ne connaissais pas encore, malgré tous les livres que j’avais lu sur ce crime contre l’humanité, et j’étais retourné jusqu’au fond de mes tripes. Une sœur, notamment, m’a bouleversé par sa révolte contre cette histoire. Nous avons pleuré ensemble et prié les uns pour les autres. Le processus de guérison commençait parmi nous, les membres de l’équipe. Je ne m’attendais pas du tout à cela, c’était extraordinaire, voire divin ! Je compris qu’il était important que ce travail se fasse avant que nous nous engagions dans ces marches.

Sujets de prière
Les sujets de prière vont essentiellement concerner les suites de cette mission :
1°) Merci de prier pour que les marches prophétiques sur la Jamaïque aient un impact certain sur l’avenir du pays.
2°) Pour que la guérison des conséquences psychologiques, mentales, spirituelles de l’esclavage soit effective dans les cœurs des jamaïcains, bref, comme l’a dit Bob Marley, qu’ils soient libérés de la mentalité d’esclave.

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